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a raison pour laquelle la RIE3 a été rejetée si massivement (59.1% Non) se trouve dans le fait que, d’une part, seuls les plus grands capitalistes en auraient profité et que, d’autre part, les électrices et électeurs ne voulaient plus approuver fidèlement tout ce qui „bénéficie à l’économie“. Mais qu’est-ce qui a conduit à ce vote ?

Le résultat a surpris mais n’était en fait pas si surprenant que ça. Personne ne conteste qu’il y ait une grande polarisation en Suisse, ce qui ne signifie pas pour autant un glissement général vers la droite. Il y a un an, nous qualifions ainsi la situation : „Le développement contradictoire de la crise du capitalisme suisse amène à un développement également contradictoire de la conscience de la classe ouvrière suisse.  (…) Ces états de conscience contradictoires contiennent un grand potentiel explosif. En eux se reflètent la croissance des contradictions du système,  lesquelles surgissent à la surface aux niveaux économique et idéologique. La tendance à la radicalisation et à la polarisation existe déjà. En l’absence d’une alternative claire à gauche (…), elle s’exprime dans la consolidation et dans la réformation du bloc bourgeois. » (L’étincelle, perspectives 2016).

La votation du 12 février confirment cette analyse. Ce n’est pas que le « Non » à la RIE3 signifie une alternative de gauche en soi. Mais cette question interpelle les positions de classe si fortement que l’électorat des partis bourgeois – particulièrement de l’UDC – a été divisé au long de cette ligne.

Tout comme le « oui » à l’initiative sur l’immigration de masse, ce résultat exprime chez les électeurs la recherche d’une réponse à la détérioration de la situation sociale causée par la crise. Pourtant, cette fois-ci elle va à l’encontre de l’UDC.

Le peuple contre le parti du peuple

L’affirmation la plus importante du résultat de vote vient de la base électorale de l’UDC. Une analyse de la NZZ démontre que beaucoup de bastions de l’UDC se sont rebellés contre la direction de leur parti. La NZZ cite un statisticien cantonal : « Plus le revenu est haut, plus l’est aussi le taux de vote pour la RIE3 » et explique : « Pour une fois alors les différences d’origine (« l’antagonisme sociodémographique ») de l’électorat de l’UDC et de celui du PLR se sont clairement manifestées – ce qui est souvent le cas pour de telles réformes de libéralisation. »

La montée de l’UDC est basée sur la faiblesse de leurs ennemis et donc la possibilité pour elle de se présenter comme « opposition ». C’est comme ça qu’elle réussit à gagner du soutien auprès de certaines couches de la classe ouvrière alors qu’elle défend des intérêts directement opposés. Ce projet de loi a révélé au service de qui ce parti agit ; au service des grands capitalistes.

Le résultat a démontré qu’on peut regagner du terrain avec une position de classe correcte, surtout pour des questions mobilisant aussi clairement les rapports de classes. C’est seulement ainsi que nous pourrons briser l’hégémonie des démagogues racistes.

Le fétiche de la « classe moyenne »

Le média argovien Watson a expliqué : « Les supporteurs de la RIE 3 n’ont jamais réussi à réfuter la crainte que les salariés moyens allaient devoir payer pour la réforme. » Avec cette référence aux « salariés », on ne pourrait pas l’exprimer de manière plus claire. Le fait que le PS ait construit sa campagne autour de la « classe moyenne » étaient une faute. Parler de la classe moyenne fait le jeu à la propagande bourgeoise de l’espoir d’ascension sociale. Depuis la crise mondiale, cette aspiration est aussi en Suisse très loin de la réalité des salarié-e-s.

Le PS ne doit pas promouvoir un retour aux conditions des trente glorieuses car cette option n’existe pas. Une gauche qui souhaite représenter une alternative réelle doit démontrer que le système n’est plus capable d’améliorer les conditions de vie des salarié-e-s ordinaires – également en Suisse. Chaque réforme du système – aussi équilibrée qu’elle soit – doit s’adapter aux intérêts de la maximisation de profits des entreprises. Or ceux-ci s’opposent frontalement aux intérêts des salarié-e-s.

Le résultat des votations a montré que l’électorat s’est très bien aperçu de ses intérêts divergents avec le conseil fédéral, les gouvernements cantonaux et tous les partis à droite du PS. La tâche du PS est d’expliquer ainsi le résultat du vote et de développer sur cette base rebelle – qui signifie les symptômes de départ d’un plus grand processus de conscientisation – une pratique plus conséquente. Celle-ci doit viser la fin du système capitaliste en entier. Des multinationales comme Nestlé, EY et Novartis y devraient apparaitre plus que dans des cours de « design de logos ».

Caspar O.
JS Zurich

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