Notre classe développe sa conscience sur la base d’expériences concrètes. L’immense majorité de ceux qui ne possèdent pas de moyens de production, qui sont salarié-e-s, ne tirent pas leurs conclusions du quotidien « le Temps », mais de leur vécu immédiat.

 

Il est impossible, malgré l’affirmation répétée des courants gauchistes, de « conscientiser » la population depuis l’extérieur. Pourtant, si des événements majeurs sont à l’ordre de jour, leur impact sur la conscience est immédiat. Même en gardant un sens des proportions très strict, nous pouvons affirmer que les mobilisations des 11, 12 et 13 novembre 2015 forment un premier jalon important dans la radicalisation de certaines couches de la population à Genève.

Les chiffres du nombre de manifestant-e-s prouvent indéniablement le caractère de masse de ce mouvement : 11’000 manifestants le mardi, 9000 manifestants dans le cortège commun des maçons et de la fonction publique du mercredi et 7300 manifestants le troisième jour de grève. Ces chiffres ont même été confirmés par le porte-parole officieux du PLR qu’est la TDG. Cette dernière s’est une nouvelle fois distinguée avec une couverture imprégnée d›un mépris gratuit pour les frontaliers et des citations arbitraires de tweets anti-fonctionnaires.

Il est encore trop tôt pour tirer les conclusions définitives du résultat de la mobilisation. Pourtant, certains éléments sont déjà clairs : les maçons et notamment leurs syndicats, ont assuré une bonne mobilisation. Il faut souligner que celle-ci s’inscrit dans un renouvellement générationnel des délégués syndicaux dans les chantiers. D’autre part, la position des patrons de la construction a été immanquablement plus agressive. Une panoplie sans précédent de stratégies de pression a été déployée sur les ouvriers et ils ont sciemment fait semer la confusion sur les chantiers les jours précédant la grève. Cette mobilisation pose un fondement pour des mobilisations futures.

Pour les fonctionnaires, le résultat de la mobilisation reste mitigé; le Conseil d’Etat n’a guère jugé opportun de se prononcer sur la mobilisation. Pour les syndicats, la continuation du mouvement ne va pas être un jeu d’enfants. D’une part, parce que les mobilisations et leur succès ont éveillé les esprits à une échelle encore imprévue. L’importante (bien que minoritaire) partie des fonctionnaires qui a voté pour le prolongement de la grève à une quatrième journée en témoigne. En toute bonne logique, les mesures de luttes du mouvement devront s’intensifier dans une campagne ascendante contre le budget. Après une grève de trois jours, on ne peut pas s’attendre à ce que les syndicats soutiennent une telle stratégie.

D’autre part, une si forte mobilisation, sans réponse et sans résultat, peut avoir un effet décourageant. Dans cette situation, la stratégie reposant sur un « soutien à de multiples actions de mobilisations au sein de l’Etat et dans les différents secteurs subventionnés » pourrait travailler contre la vague unificatrice très forte de cette mobilisation.

Le processus de radicalisation générale ne suit pas une ligne directe, particulièrement en Suisse, où la routine et un certain conservatisme sont fortement ancrés dans les consciences. Toutefois, on ne peut pas sous-estimer la vitesse avec laquelle tout cela peut changer. Dans ce contexte, il est inévitable de noter la progression continue de la droite aux élections d’octobre dernier.

En mettant ces deux épisodes en relation, on ne peut qu’en conclure que l’on assiste à une radicalisation de la population également ici en Suisse. Les partis de gauche échouent tragiquement dans leur tentative de donner une expression à cette dernière. Ce sont les partis de droite, démagogues et xénophobes qui en tirent profit. Ils continueront à progresser jusqu’à ce que la gauche présente une alternative crédible et à la hauteur des enjeux. Cela fait longtemps que l’argument de campagne principal du PS « faire barrage à la droite » ne suffit plus .

Toute la presse bourgeoise veut nous faire croire que la situation en Suisse est un cas exceptionnel dont les processus politiques sont incomparables à ce qui se passe autour de nous. C’est évidemment un non-sens. Les franges les plus alertes de la population en sont conscientes. La jeunesse en particulier suit de près ce qui se passe dans les pays qui nous entourent. Deux événements ont eu un impact non-négligeable aussi ici en Suisse. D’une part,  les chemises arrachées des dirigeants de Air France ont remis sur la table la question de la légitimité de la violence, notamment patronale. D’autre part, la chute du gouvernement portugais après dix jours seulement témoigne du caractère de l’époque dans laquelle nous sommes définitivement entrés. Il s’agit d’une époque de changements rapides et drastiques, de chutes de gouvernements et d’alternatives de gauche qui surgissent et qui doivent prouver leur fiabilité. C’est une époque de mobilisations de masse. Nous l’avons vu encore récemment en Grèce, le jeudi 12 novembre, dans une nouvelle grève générale contre le mémorandum et maintenant ici à Genève, en Suisse.

La Rédaction

 

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