L
es résultats de l’enquête de l’organisation faîtière des enseignants en Suisse (LCH) sur les mesures d’austérité, mises en œuvre et prévues, par les cantons dans le domaine de l’éducation le prouvent clairement : les coupes actuelles ne sont pas suffisantes, la taille des budgets doit continuer. Cependant, non seulement au niveau cantonal, mais aussi au niveau fédéral et communal, l’éducation fait l’objet de coupes dans ces budgets.

Article publié la première fois en décembre 2015


Réductions décidées et prévues selon LCH par catégorie, en millions de CHF (total : min. 637 millions de CHF)

Les résultats de l’enquête LCH publiés fin novembre ont révélé ce que la plupart des enseignants soupçonnaient depuis longtemps : l’éducation est actuellement déclarée en faillite dans toute la Suisse. Depuis 2013, au moins 265 millions de francs ont déjà été réduits et 535 millions de francs supplémentaires sont prévus pour 2018 ! Ces chiffres ne concernent pas que les coupes dans les budgets cantonaux. Les communes comptent aussi en millions, de sorte que, selon LCH, plus d’un milliard de francs suisses ont été économisés entre 2013 et 2018. La Confédération veut économiser 555,4 millions de francs supplémentaires dans les domaines de la formation, de la recherche et de l’innovation.

Ces mesures d’austérité consistent plutôt en un démantèlement social qu’en une mesure de rationalisation et l’étude montre pour la première fois la totalité et la mise en œuvre concrète de ce démentiellement de l’état social.

Démantèlement social au niveau cantonal

Les effets des mesures de réduction sur la qualité de l’éducation et de l’enseignement sont multiples, un remède radical est prévu pour chaque catégorie. En ce qui concerne la première catégorie, celle des conditions d’emploi, qui comprennent les salaires, la formation continue, la charge de travail obligatoire, l’allègement pour âge avancé et les fonds de pension, les coupes atteignent plus de 300 millions. Le quotidien de l’enseignement est intégré dans la deuxième catégorie, celle des conditions d’enseignement avec les indicateurs suivants : taille de la classe, réduction de classe, allègement de classe, offres de soutien, travail social scolaire, psychologie scolaire et classes spéciales (classes de préparation professionnelle, petites classes, etc.) et fermetures d’écoles. Plus de 281 millions ont été sauvés ici. Les coupes comprennent le financement des camp et excursions, des leçons de musique et du matériel didactique. Il est facile de voir que des économies impitoyables sont réalisées en termes d’emploi et de conditions d’enseignement. Les mesures concrètes de réduction des différents cantons illustrent la courte vue d’ensemble de la folie des coupes.

La conception concrète du démantèlement social

Le canton d’Argovie invente des termes pour justifier les coupes : Les leçons en demi-classe sont appelées « leçons non consolidées ». Il veut les « rationaliser » presque entièrement à l’école primaire : 2,2 millions de francs pour 2016, après quoi la vis d’économie sera encore plus serrée à 5,3 millions de francs par an.

Le budget de l’offre de financement DaZ (allemand comme deuxième langue), dont les enfants issus de l’immigration ont besoin urgemment, doit être massivement réduit dans presque tous les cantons. Ici aussi, l’Argovie prévoit d’en réduire encore un million l’année prochaine et jusqu’à 3,7 millions par an les années suivantes. Il ne semble pas pertinent de savoir comment les migrants qui vivent ici et les réfugiés qui arrivent vont acquérir des compétences linguistiques. Ceci bien que la maîtrise de la langue, comme on le sait généralement, est la condition de base pour réussir à l’école.

La Thurgovie va encore plus loin en matière de promotion linguistique. La loi sur l’école (§39, 2) stipule désormais : « Dans des cas particuliers, les élèves peuvent être obligés de suivre des cours de langue, et les parents ou tuteurs peuvent se voir facturer une partie des coûts de ces cours et de tout service d’interprétation à faire appel ». La conséquence serait que les parents d’enfants qui ont un déficit dans un domaine partageraient ses coûts.

Lucerne trouve d’autres moyens. Des économies seront réalisées dans l’enseignement supérieur, les cours de dessin seront déprogrammés, le nombre de professeurs de musique sera réduit tandis que le nombre de leçons augmentera, les leçons de demi-classe seront renommées en leçons de groupe, au lieu de 12 élèves, comme auparavant, les enfants de plusieurs classes seront réunis jusqu’à ce que la taille du groupe atteigne 16 enfants.

L’augmentation de la taille des classes est un moyen populaire dans plusieurs cantons (Berne, Fribourg, Thurgovie, Thurgovie). En Valais, 20 millions d’économies sont prévues à tous les niveaux scolaires. En outre, comme dans les cantons de Fribourg et de Zoug, il est prévu d’augmenter la charge de travail tout en maintenant les salaires au même niveau, ce qui ne signifie rien de plus qu’une réduction des salaires. Bâle-Campagne a déjà mis en œuvre une réduction salariale de 1% pour tous les employés de l’Etat.

Dans certains cantons, comme Zurich, le niveau d’épargne est déjà connu – entre 2016 et 2019, par exemple, 49 millions par an, dont 20 millions seront épargnés dans les écoles primaires, 18 millions dans les collèges et 11 millions dans la formation professionnelle – mais les conséquences concrètes de ses coupes ne sont pas encore connues.

La qualité baisse dans tous les domaines de formation

Malgré le caractère incomplet des chiffres publiés ici par la LCH, on constate que ces réductions s’opèrent dans tous les domaines, de la Confédération aux communes, en passant par les cantons, et dans tous les domaines. Il est également clair qu’elles auront un impact énorme sur la qualité de l’éducation en Suisse, ainsi que sur l’égalité des chances. La question de la taille des classes, par exemple, aura une influence directe sur la structure de l’enseignement : l’enseignement frontal, le travail individuel silencieux, etc. redeviendra un programme. Les enfants qui ne peuvent pas faire face à des situations qui nécessitent un soutien supplémentaire seront encore plus pathologisés et traités avec des médicaments. L’égalité des chances continuera de s’effondrer.

Outre l’impact direct sur les apprenants, nous assisterons dans les années à venir à une baisse générale de la qualité dans tous les domaines, des écoles primaires aux écoles secondaires, collèges et universités. Cela ouvre la porte à la privatisation dans le secteur public, comme le prévoit l’accord TISA. Dans le cadre de cet accord, qui est négocié à huis clos, tous les services, en particulier les services publics, doivent être ouverts au marché. Il existe d’innombrables exemples des effets catastrophiques de la privatisation.

Les conséquences pour les enseignant.e.s

Au fur et à mesure que la charge augmente, l’insatisfaction du personnel éducatif continuera d’augmenter, ce qui, d’une part, aura un impact négatif sur la qualité de l’enseignement ; les enfants et les jeunes en souffriront. D’autre part, la pression sur les enseignants continuera d’augmenter. Il a déjà été prouvé que la charge de travail est si élevée qu’une charge de travail de 100 % peut difficilement être remplie et que les enseignants sont contraints de prendre eux-mêmes des mesures contre eux par le biais de charges partielles. Néanmoins, un enseignant sur trois est aujourd’hui exposé à un risque d’épuisement professionnel. L’argument selon lequel le métier d’enseignant est avant tout une vocation et est largement caractérisé par l’engagement a définitivement atteint ses limites raisonnables.

Il est vrai que la majorité des enseignants sont très engagés et c’est précisément cet engagement qui conduit les enseignants à réduire l’enseignement. Pour beaucoup, l’absence de salaire, les réductions de pensions, etc. sont malheureusement souvent tolérées. Les attaques directes contre la qualité de l’enseignement, qu’il s’agisse de la taille des classes, de l’annulation des mesures de soutien ou de l’enseignement en demi-classe, sont tout à fait différentes. Elles s’en prennent directement des apprenants, de leurs perspectives et de l’égalité des chances. Et ce sont les raisons pour lesquelles les enseignants seront prêts à prendre des mesures de lutte.

Il y a besoin d’une réponse commune des enseignant.e.s, des élèves et des étudiant.e.s

Dans plusieurs cantons, des mesures sont déjà en place pour lutter contre les mesures de réduction des coûts prises contre les enseignants, tandis que dans d’autres cantons, de telles mesures sont annoncées. Leur apparence dépend de la force et de la volonté des enseignants et de leurs organisations de se battre. Dans le canton d’Argovie, par exemple, on tente de faire appel à la conscience des grands conseillers par le biais de lettres. Dans le canton de Zurich, nous avons vu à maintes reprises que de telles actions ne produisent généralement que très peu de résultats. Les développements en Europe, qui montrent la voie à suivre pour la Suisse, montrent également que des mesures plus radicales sont nécessaires. Malheureusement, les enseignants sont encore mal organisés dans de nombreux endroits à l’heure actuelle. Changer cela est une tâche urgente des associations.

Dans le canton de Lucerne, où 68 millions de francs doivent être économisés dans le domaine de l’éducation, de nombreuses protestations ont eu lieu ces dernières semaines, tant de la part des lycéens que des enseignants du primaire, qui ont accroché des banderoles sur les façades des bâtiments scolaires, par exemple. En outre, l’Alliance lucernoise pour la qualité de vie, une association de divers partis, organisations et associations d’enseignants, a lancé trois initiatives pour maintenir le service public dans les domaines de l’éducation, de la santé et des transports publics.

Dans le canton de Zurich, de nombreuses associations et organisations, dont le vpod, ont rédigé un manifeste contre les mesures d’austérité et plus de 4000 signatures ont déjà été recueillies (www.tagderbildung.ch). En outre, le SSP lutte contre les coupes dans le fonds de pension (BVK). Selon toute vraisemblance, une manifestation sera organisée pour la Journée de l’éducation le 13 janvier 2016.

Les pionniers de la résistance contre les mesures d’austérité sont certainement les employés de la fonction publique, ainsi que les étudiants et les élèves de Genève, qui se sont mis en grève du 11 au 13 novembre sous la direction de diverses associations (par exemple le SSP).

Avec quelque 11 000 grévistes en fin de mouvement, il s’agit certainement de l’une des plus grandes grèves de l’histoire récente de la Suisse. D’autres grèves sont prévues pour décembre.

Il est clair que les médias bourgeois maintiennent le silence sur de telles mesures de combat – nous ne lisons presque rien sur Genève en Suisse alémanique. C’est la tâche des syndicats, et surtout du SSP, non seulement de rendre publique l’expérience acquise en Suisse alémanique, mais aussi d’œuvrer pour une capacité de mobilisation et donc aussi pour le combat. Le fédéralisme sépare les fonctionnaires, les budgets sont adoptés individuellement dans chaque canton et la résistance est organisée en fonction de la force et de la volonté des associations. Ce qu’il faut ici, c’est un lien national qui généralise les expériences et appelle à une action commune. La publication du LCH sur les mesures minières est un premier pas important vers l’unification de la résistance cantonale isolée et de forme très différente.

Il faut aussi montrer que ces mesures d’austérité touchent non seulement les enseignants, mais aussi les élèves et les étudiants. Dans de nombreuses villes, ces activités sont en cours d’organisation. Comme cela s’est produit à Genève, les enseignants, les élèves et les étudiants doivent se tenir côte à côte dans la lutte contre les budgets.

  • Pour une éducation de haute qualité et gratuite !
  • Pour des syndicats et associations fortes et combatives dans le secteur public !
  • Contre toutes les mesures d’austérité et toute réduction des performances dans le domaine de l’éducation !

Aline Waitschiess et Anna Meister
SSP Zurich – Section de l’apprentissage

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