J
e travaille comme employé de commerce depuis la fin de mon apprentissage en commerce en 2007.  J’ai été employé par différentes entreprises, autant dans le secteur public que privé. Être employé de commerce signifie qu’on s’occupe de la partie administrative des affaires d’une entreprise. On travaille en général dans des bureaux ouverts, devant un ordinateur et à répondre aux téléphones. En Suisse, 14’000 jeunes terminent un apprentissage de commerce chaque année, 400’000 personnes travaillent en tant qu’employés de commerce, parmi lesquels presque trois-quarts sont des femmes. Parfois on a l’impression que le travail dans une administration est répétitif, facile et atone. On est vu comme des bureaucrates sourcilleux, on ne comprend pas l’importance de notre travail et on ne le valorise pas.

Une pression malsaine

Aujourd’hui, il n’est plus possible qu’une entreprise fonctionne sans administration. Le rôle de cette dernière est de faire en sorte que toutes les opérations de l’entreprise se déroulent de la manière la plus efficace, la plus claire et le plus rapidement possible. Ce travail nécessite des fortes capacités organisationnelles et communicatives. On est sous pression de tous les côtés, sans avoir beaucoup de marge de manœuvre ou de pouvoir décisionnelle. Le chômage est environ 3% plus bas que la moyenne suisse.

Néanmoins, nous avons relativement plus de facilité à trouver de l’emploi en comparaison à d’autres secteurs. Beaucoup de mes collègues souffrent d’une pression de plus en plus forte dans leur lieu de travail et se plaignent que les emplois deviennent moins stables. Les restructurations, relocations et même les licenciements sont devenus une normalité. L’informatique, internet et les autres nouveaux moyens de communication engendrent une nouvelle manière de travailler. Des formations adéquates n’existent souvent pas.

De plus, malgré le fait que notre société devienne de plus en plus bureaucratique, l’austérité et la compétition anarchique d’un capitalisme en crise font que les entreprises cherchent à réduire les coûts dans l’administration en nous donnant toujours plus de travail pour un laps de temps toujours plus restreint. Durant ma courte vie professionnelle, j’ai vu beaucoup de mes collègues constamment être débordé-e-s, tomber malade jusqu’à ne plus être capable de travailler.

Un futur de plus en plus précaire

Les jeunes sont particulièrement touché-e-s. Selon une statistique de la société de l’emploi de commerce, 90% des jeunes employé-e-s de commerce pensent qu’une formation continue est nécessaire afin d’optimiser leurs futures chances sur le marché du travail. Contrairement aux formations universitaires, ces formations sont souvent privées et coûtent très cher. Sans formations supérieures, on se retrouve face à un grand risque de précarité dans le futur. Personnellement, il m’a toujours été relativement aisé de trouver un emploi, mais j’ai souvent été engagé de manière temporelle, j’étais payé à l’heure, sans vacances, sans 13ème salaire ou autres bénéfices que mes collègues avaient. Parce que mon salaire était bas et que j’étais payé à l’heure, je travaillais souvent plus des heures que mes collègues. Pour les jeunes, surtout dans le secteur public, il est devenu de plus en plus difficile d’obtenir un contrat de longue durée. Selon mes collègues un peu plus âgé-e-s, ceci serait relativement nouveau.

Un problème principal dans notre secteur est le taux de syndicalisation qui est très bas. A l’exception du secteur public, aucun-e de mes collègues était syndicalisé-e. Cela facilite l’exploitation et la précarisation. Mais finalement, même une forte syndicalisation ne pourrait pas arrêter cette tendance vers la précarisation – pour cela il faudrait un véritable contrôle démocratique des moyens de production!

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