Les travailleur-euse-s des hôpitaux font tout pour nous maintenir en bonne santé. Le capitalisme est comme un boulet à leur pied. Il est temps d’attaquer le problème fondamental du système de santé suisse.

Le coronavirus a mis en évidence les déficits du secteur de la santé. Le déficit structurel qui prévaut dans les hôpitaux n’a pu être compensé que grâce aux efforts surhumains du personnel de santé (semaines de 60 heures, pratiquement pas de jours de congé, pas de vacances, etc). Mais à part quelques applaudissement, le personnel n’a pas reçu de reconnaissance. Pire encore, à peine la première phase d’urgence a-t-elle été surmontée qu’il était à nouveau dupé. Dans de nombreux hôpitaux les shifts durent désormais 12 heures et les augmentations de salaire sont repoussées à après-demain (c’est-à-dire jamais). Les travailleur-euse- s de la santé prendront plus tôt que tard l’offensive contre cette exploitation et cette impertinence. Nous devons nous préparer à ces luttes et les soutenir sans condition. Cet article traite de l’influence directe du capital dans le système de santé tandis que l’article à venir dans la prochaine édition mettra en lumière le contexte des politiques d’austérité. Le fardeau qui pèse sur le personnel de santé était déjà inhumain avant la pandémie. Un rapport d’Unia indique que 70%du personnel dit se sentir constamment stressé, 86% sont souvent fatigués et épuisés, et 87% se plaignent de ne pas avoir assez de temps pour leurs patients. Les médecins travaillent aussi jusqu’à tomber de manque de sommeil. C’est dans cet état qu’ils et elles doivent prendre des décisions vitales et effectuer les opérations les plus exigeantes.

La logique du profit cause du stress

Les directeurs d’hôpitaux agissent dans l’intérêt des capitalistes, qui ne s’intéressent qu’à leur profit. Lorsqu’ils augmentent les heures de travail et son intensité et font pression sur les salaires, leurs bénéfices augmentent. Ils justifient l’exploitation par la concurrence et une « incitation à l’efficacité » monstrueuse. Peter Eichenberger, PDG du Claraspital de Bâle, déclare : « Si nous voulons survivre, il n’y a qu’une chose à faire : nous devons standardiser, réduire les coûts, et intégrer les méthodes de l’industrie productive au système de santé. » Les politiques d’austérité cantonales contraignent elles aussi les hôpitaux publics à suivre cette logique de réduction des coûts. Les conséquences de ces « méthodes industrielles » sont parfaitement connues par tout le personnel de santé, que ce soit dans les hôpitaux ou les cliniques psychiatriques. Afin d’augmenter le temps de travail, on engage trop peu de personnel. Les médecins et infirmier- ère- s doivent continuer le travail sur leur temps libre pour s’occuper des patient-e-s. De fait, le temps à disposition est systématiquement trop court, ce qui augmente le stress alors que la qualité des soins diminue. Le personnel soignant est donc exposé à un niveau de stress élevé. Cependant, alors que les médecins sont très bien payés, les salaires des autres membres du personnel restent faibles ou très faibles. Ces « travailleurs essentiels » travaillent non seulement dans de mauvaises conditions, ils sont aussi mal payés.

Il faut résister

Le personnel des hôpitaux (personnel technique, infirmier- ère- s, médecins) est fatigué, parfois désespéré ou en colère. Il mérite mieux ! Pendant la pandémie, il a fait l’objet d’une grande attention de la part de la société. Il a ainsi pu prendre confiance en lui, ce qui l’aide aujourd’hui à lutter pour de meilleures conditions de travail et de meilleurs salaires. C’est indispensable car la classe dirigeante n’acceptera pas d’elle-même les réformes. Les employé- e- s peuvent imposer des améliorations puisque sans leur travail, les hôpitaux seraient paralysés. Si tous les corps de métier s’unissent et s’organisent, leur force sera manifeste. C’est la tâche des syndicats de créer cette unité. Les deux tiers du personnel soignant sont des femmes, et environ la moitié d’entre elles n’est pas de nationalité suisse. Elles ne prendront des risques en s’impliquant dans la lutte que si des réelles améliorations sont en vue. Au lieu d’assumer cette tâche, les directions syndicales font appel à la politique, à l’État et aux capitalistes. C’est ainsi que la résistance s’enlise. Les syndicats Unia et SSP sont très peu ancrés dans les cliniques. Or la classe dirigeante n’écoute pas les appels à la morale et elle est spécialiste du contournement des lois. Les syndicats doivent montrer que les classe travailleuse peut lutter elle- même activement pour de réelles améliorations. Les travailleur- euse- s ne sont ni encouragés ni autorisés à prendre leur destin en main. La collecte incessante de signatures pour des initiatives et des pétitions, des actions médiatiques et autres politiques symboliques les décourage et les paralyse. Le personnel des hôpitaux mérite une direction militante ! Il mérite des syndicats qui encourage l’auto-organisation et soient prêts à confronter au capital un programme radical de lutte. Un personnel suffisant et une répartition raisonnable du travail avec des salaires nettement plus élevés sont quelques- unes des principales revendications pour lesquelles se battre. La mise en œuvre ne doit pas en être confiée aveuglément à la direction. Le personnel sait mieux que quiconque quelles ressources sont nécessaires et en quelle quantités.

Ensemble pour la santé

Les capitalistes tentent de monter le personnel et les patient- e- s les uns contre les autres. La lutte des travailleur- euse- s ne doit pas se faire au détriment des patient- e- s. Lors d’une grève administrative par exemple, si l’on cesse les facturations, l’hôpital ne gagne rien mais la qualité des soins est maintenue. Les syndicats doivent prodiguer des exemples et méthodes adéquats. En fait, patient-e-set personnel sont des alliés naturels dans la lutte contre le capital. 92% du corps infirmier pense que les soins médicaux sont dégradés par la charge de travail trop élevée. Les mesures nécessaires pour améliorer leur qualité nécessiteraient des ressources faisant souvent défaut. La logique de profit de l’économie exige une utilisation maximale de la main-d’œuvre et des infrastructures. Les réserves et les stocks d’urgence, dont l’importance a été mise en évidence par la pandémie, sont incompatibles avec cela. Les capitalistes sont un obstacle à notre santé. Les membres du personnel des cliniques doivent en prendre en charge la gestion. Mais cet affrontement ne peut pas être remporté en restant sur le terrain de l’hôpital. Le capital fait également valoir ses intérêts grâce à la régulation et au financement du système de santé par l’État. La lutte de classe doit se poursuivre sur le plan politique dans l’intérêt de notre santé. Alors que les travailleur-euse- s se battent depuis 150 ans pour un système basé sur la solidarité, la classe dirigeante sape activement les progrès réalisés. Les hôpitaux cantonaux sont en cours de privatisation et les contributions de l’État sont soumises à la pression constante de l’austérité. Les primes d’assurance maladie augmentent parce que les coûts de la santé sont de plus en plus répercutés sur la classe ouvrière. L’article à venir dans la prochaine édition du journal exposera les intérêts de classe derrière la politique bourgeoise et montrera ce que les socialistes peuvent faire à ce sujet.

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