Le jeudi 29 janvier 2015 fut une journée importante pour la mobilisation des élèves du Post-Obligatoire. Défiant non seulement le mauvais temps mais aussi les pressions des directions et du Département de l’Instruction Publique (DIP), les élèves de 11 collèges, Écoles de Culture Générale (ECG) et écoles de commerce (EC) ont suivi le mot d’ordre de grève lancé par l’Association des Jeunes Engagé-e-s (AJE) et se sont mobilisés pour dénoncer la réforme du Post-Obligatoire de la rentrée 2014-2015 et les coupes budgétaires dans l’éducation. Voici un retour sur cette grève et une analyse sur la suite de la mobilisation.

 

La grève étudiante du 29 janvier n’est pas venue de rien. Elle fait suite à toute une série de mobilisations ayant eu lieu dès la rentrée scolaire 2014-2015 pour dénoncer la nouvelle réforme du post-obligatoire qui durcit les parcours. Parmi ces mobilisations, il y avait eu un rassemblement, le lancement d’une pétition et une manifestation au centre-ville allant jusqu’au bureau du DIP. Une rencontre entre des élèves et la conseillère d’État en charge du DIP, Mme Anne Emery-Torracinta s’est aussi tenue le 29 octobre 2014. Sans grand succès. En effet, après toutes ces mobilisations, une seule concession a été faite par Mme Torracinta : le retrait de la rétroactivité sur la limite d’un redoublement et une dérogation pour les premières, deuxièmes et troisièmes années. Sur le reste, elle est restée ferme. Toutefois vers le mois de novembre, elle envoya une lettre à l’AJE, syndicat pionnier de cette mobilisation, afin de discuter de thèmes relatifs à l’éducation sans parler de la réforme.

Les Assemblées étudiantes

Au début du mois de décembre, l’AJE décida d’organiser des assemblées étudiantes dans les établissements. Ces assemblées partaient du principe qu’il fallait qu’un maximum d’élèves soient informés de cette réforme et de ses enjeux et que c’était à eux de décider démocratiquement s’ils voulaient suivre l’AJE dans cette bataille et quels moyens de lutte ils voulaient utiliser. Dans un premier temps, l’AJE est allée rencontrer la Soupô, faîtière des Associations des élèves du post-obligatoire, afin de discuter ensemble de la réforme et de voir si une collaboration était possible dans la lutte contre celle-ci. Les membres de la Soupô que nous avons rencontrés ce jour-là étaient partagé-e-s sur cette réforme. Certain-e-s s’y opposaient mollement, d’autres pas du tout, et enfin une grande partie pensait que l’AJE allait trop loin dans sa revendication de retrait total de la réforme. La Soupô préférait organiser des assemblées sans aucune implication pratique et qui aient comme seul objectif de sonder l’opinion des élèves sur la réforme. L’AJE décida donc d’agir seule sur la question des assemblées et commença à en organiser début janvier 2015 dans la perspective de lancer une mobilisation étudiante le même jour que la grève de la fonction publique, à savoir le jeudi 29 janvier. Ces assemblées se faisaient soit dans des salles réservées, soit de façon improvisée dans les cafétérias. Il y a même une assemblée qui fut organisée dehors devant un amphithéâtre comme au CEC Emilie-Gourd. La présence dans les assemblées allait de moins de 10 à plus de 70 personnes. Dans certains établissements comme au Collège Rousseau ou au Collège De Saussure, le public était enthousiaste et réfléchissait déjà à ce qu’il voulait faire le jour de la grève. Dans d’autres comme au Collège Candolle et Claparède, c’était plus dur.

 

La mobilisation pour la grève

Ce sont au final 11 établissements qui comptaient des grévistes le jour de la grève. Si, dans certaines écoles, le mouvement a été plus suivi que dans d’autres, c’est à cause de différents facteurs. Tout d’abord, il y avait la question de l’organisation. Dans quelques écoles, les assemblées étaient prévues d’avance et la mobilisation a permis d’atteindre plus de gens mais aussi de mieux convaincre ceux et celles qui étaient déjà mobilisé-e-s. Ce n’était pas le cas pour d’autres établissements où les élèves ont dû organiser une assemblée à la dernière minute ou bien encore d’autres où l’assemblée n’a même pas eu lieu et dont la grève était totalement improvisée. Le deuxième facteur était la pression des directions. Dans certaines écoles, les directions ont toléré le mouvement de grève et ont même mis des salles à disposition des grévistes. Dans d’autres, ce n’était pas aussi simple et les directions s’opposaient fermement à la grève. Enfin, il y a la question du rôle qu’ont joué les associations d’élèves. Elles ont parfois collaboré avec nous et ont beaucoup aidé, comme à De Saussure, Emilie-Gourd ou Voltaire. Dans d’autres, comme au Collège Calvin, elles ont carrément saboté la mobilisation. Quant à la Soupô, elle ne s’est pas prononcée favorable à la grève, qu’elle jugeait, d’après son communiqué officiel, comme portant « préjudice aux élèves » et comme étant donc « contre-productive » . Le DIP était aussi contre le mouvement de grève et allait encore plus loin. Suite au pré-avis de grève lancé par l’AJE le lundi 19 janvier, Mme Torracinta avait répondu en disant que les élèves avaient « l’obligation d’aller en cours » et que « l’absence à une épreuve au motif de grève entraînerait la note 1 ». Mais malgré tout cela, la grève eut bien lieu et dépassa les expectatives des organisateurs.

 

La grève

Le rendez-vous était fixé à 8 heures dans le hall central des établissements. Mais déjà à 7 heures du matin, des membres de l’AJE tractaient aux jeunes qui venaient afin de les mobiliser et de les convaincre à faire grève. Les élèves grévistes ont fait différents ateliers de réflexion, musique, fabrication de pancartes, films ou encore d’improvisation théâtrale. Un camarade de l’étincelle a fait une présentation sur la situation au Mexique au Collège Rousseau et les élèves présent-e-s montraient beaucoup d’intérêt. Certain-e-s grévistes sont aussi allé-e-s dans d’autres établissements afin de mobiliser les élèves et les engager dans le mouvement. C’était le cas pour des grévistes de Rousseau qui étaient allé-e-s dans le Collège voisin, André-Chavanne. Du côté de la rive gauche, les élèves du collège Emilie-Gourd et Jean-Piaget étaient venus à Candolle et à Calvin, puis ont très vite rejoint le Palladium où devaient converger tou-te-s les grévistes. Les élèves du collège Rousseau ont, quant à eux, défilé depuis leur école jusqu’au Palladium où ils ont été bravement accueillis par leurs camarades en lutte.

Ils ont ensuite défilé en criant des slogans comme « DIP t’es foutu, la jeunesse est dans la rue » aux côtés des fonctionnaires qui eux ont peiné à se mobiliser. En effet, il n’y a pas eu de grande amélioration pour la mobilisation de la fonction publique depuis le premier débrayage qui eut lieu en décembre. Pour revenir au cortège, celui-ci rejoignit la Place Neuve, puis continua direction Bel-Air pour rejoindre finalement la promenade de la Treille. Les élèves grévistes constituaient une grande partie du cortège (qui regroupait 4000 personnes) et se démarquaient par leurs forts cris de slogans et leur enthousiasme combatif!

 

Quelle suite ?

Malgré un mouvement de grève relativement important et qui n’avait pas connu d’équivalent depuis des années, Mme Torracinta n’a pas reculé d’un pas dans sa réforme. Quant à la suite de la mobilisation, l’AJE a pris un certain temps à prendre une décision sur ce qu’il fallait faire par la suite. Il faut souligner que les militant-e-s les plus actif-ve-s dans la grève se sentaient un peu fatigué-e-s et avaient besoin d’un peu de repos suite à des semaines de mobilisation intense. Cela arrive, nous sommes humains. Néanmoins, ce n’est que lors du congrès du 21 février qu’une décision plus ou moins concrète allant dans le sens d’une suite de mobilisation a pu être prise. Les réunions qui le précédaient étaient essentiellement consacrées à la discussion du bilan de la grève au niveau purement formel et à la rédaction de lettres au DIP par rapport aux sanctions que certain-e-s élèves ont reçues, mais aussi par rapport à la volonté de l’AJE de discuter avec Mme Torracinta dans le cadre des rencontres qu’elle avait proposées fin novembre et qui, comme dit précédemment, auraient comme but de discuter sur la formation en général, mais en ne mentionnant pas un mot de la réforme. L’AJE insistera sur ce point.

Ce qui fut décidé au Congrès était de construire des branches de l’AJE dans chaque établissement. Ces branches nous permettraient d’avoir un noyau dur d’agitateurs et agitatrices pour mieux mobiliser dans les prochaines luttes.

Ces mobilisations nous ont montré qu’en étant à la fois fortement organisé-e-s mais surtout en ayant des structures démocratiques où le plus grand nombre d’étudiant-e-s peut participer, nous pouvons réussir à faire bouger beaucoup de monde. Nous pouvons également souligner l’intérêt et l’implication que les étudiant-e-s portaient pour les ateliers durant la grève, la créativité exprimée dans ceux-ci venant démentir tous les clichés selon lesquels une grève serait quelque chose de « chaotique ». Elle est au contraire un moyen d’émancipation.

Globalement, la situation de l’éducation s’empire et il faut rester vigilant aux agissements d’une conseillère prenant des mesures sans consulter personne. L’AJE doit être prête à mobiliser quand il le faut et à organiser les étudiant-e-s dans la lutte. Elle doit savoir s’activer lors des prochaines attaques.

 

Bryan Chirinos

Comité AJE

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