Après une longue période de « paix sociale », la lutte des classes est à l’ordre du jour en Russie ! Les travailleurs russes se mobilisent contre un projet de réforme des retraites, qui prévoit de faire passer l’âge du départ à la retraite de 60 à 65 ans pour les hommes, et de 55 à 63 ans pour les femmes. Dans le même temps, le gouvernement prévoit de faire passer la TVA de 18 % à 30 %. Ces attaques brutales ont fait chuter la côte de popularité de Poutine (de 82 % à 67 % d’approbation). Surtout, ces attaques ont provoqué des manifestations significatives dans tout le pays.


Le contexte
Dans une grande partie de la Russie, l’espérance de vie moyenne des salariés est inférieure à l’âge de départ à la retraite que prévoit la réforme du gouvernement. Autrement dit, nombre de salariés seront forcés de travailler jusqu’à ce que mort s’ensuive. Seuls les plus chanceux toucheront un jour une retraite. En outre, dans beaucoup de villes rurales pauvres, les pensions de retraite sont la seule source de revenus pour de nombreuses familles frappées par l’augmentation du chômage des jeunes.

Pourquoi le régime de Poutine a-t-il engagé une réforme aussi impopulaire et injuste ? Parce que le capitalisme russe est frappé, lui aussi, par la crise économique mondiale. La bourgeoisie doit lancer des contre-réformes drastiques pour défendre la compétitivité du capitalisme russe sur le marché mondial. Le peu de conquêtes sociales qui ont survécu à la chute de l’URSS vont donc être sacrifiées sur l’autel du Capital.

Ces dernières années, l’image de Poutine a bénéficié de sa politique étrangère, et notamment des points qu’il marquait, dans ce domaine, face à l’impérialisme américain. L’annexion de la Crimée, en particulier, a profité à l’homme fort du Kremlin. Mais en mettant à nu les contradictions du capitalisme, la crise mondiale fragilise tous les gouvernements « forts » – y compris celui de Vladimir Poutine.

Mobilisations
L’annonce du projet de réformes des retraites a été faite le jour de l’ouverture de la Coupe du monde de football, dans l’espoir que celle-ci détournerait l’attention des masses. La manœuvre a échoué. Le 2 septembre, des rassemblements ont été organisés, principalement à l’appel du Parti Communiste russe, dans de nombreuses villes du pays. 1000 personnes se sont rassemblées à Moscou ; 2000 à Saint-Pétersbourg. D’autres manifestations ont eu lieu dans l’Oural, dans le Caucase, en Sibérie et en Crimée. Le nombre de manifestants peut sembler faible, mais il est significatif au regard de ce qu’est normalement la vie politique russe, qui ne connaît, comme manifestations d’opposition, que les maigres rassemblements appelés par l’opposition « libérale » et pro-occidentale d’Alexeï Navalny.

Lors de la manifestation de Saint-Pétersbourg, la section russe de notre Internationale (la TMI), est intervenue pour vendre son journal et défendre son programme. Nos camarades russes rejettent la contre-réforme du gouvernement, bien sûr, et proposent de financer le système des retraites en taxant les profits des grandes entreprises capitalistes. Pour lutter contre le projet de réforme de Poutine, nos camarades appellent à la création de « comités de base » à l’échelle nationale. Ils soulignent que le mouvement doit s’étendre et s’organiser s’il veut être victorieux. A la fin de la manifestation, une tribune a été dressée et plusieurs orateurs ont pris la parole. L’un de nos camarades s’est adressé aux manifestants pour expliquer notre programme et, aussi, pour défendre la nécessité d’une nouvelle révolution socialiste, un siècle après la grande révolution d’Octobre. C’est le seul moyen, a-t-il expliqué, d’en finir définitivement avec la crise du capitalisme et les politiques d’austérité.

Répression policière
Une deuxième série de manifestations a eu lieu le 9 septembre, à l’appel cette fois de l’opposition libérale bourgeoise d’Alexei Navalny. Celui-ci tente clairement de récupérer le mouvement pour son compte. Mais c’est une manœuvre d’autant plus difficile qu’il défend lui-même la « nécessité » de coupes dans les aides sociales et les retraites ! Toujours est-il que lors de cette manifestation du 9 septembre, des milliers de personnes ont bloqué toutes les grandes rues du quartier de Vyborg, à Saint-Pétersbourg, avant d’être attaquées brutalement par la police, qui a arrêté près de 450 manifestants. Cela montre que le régime a peur de ce mouvement de protestation.

Dans le même temps, Poutine a commencé à lâcher du lest en annonçant que l’âge de départ à la retraite des femmes ne passerait qu’à 60 ans, au lieu des 63 ans prévus initialement. Mais cette « concession » n’a pas eu l’effet escompté. A l’heure où nous écrivons ces lignes, le mouvement se poursuit et pourrait bien se développer. Quoi qu’il en soit, une chose est claire : on assiste à une étape importante dans le développement de la lutte des classes en Russie.