Récemment, à Londres, des militants écologistes ont aspergé de soupe un tableau de Van Gogh, et ce pour « protester contre l’extraction pétrolière ». A Potsdam, un tableau de Monet a eu droit à de la purée, cependant qu’à Paris la Joconde était « entartée ». A Lyon et à Paris, des collectifs d’activistes dégonflent les pneus de véhicules très polluants. A Toulouse, un collectif a bouché au ciment les trous d’un parcours de golf.

On peut imaginer bien d’autres « actions directes » de ce genre, qui ont un caractère essentiellement symbolique. Mais que dire de leur efficacité au regard de l’objectif affiché : « sauver la planète » ?

Le mouvement de 2018 et 2019

Il faut d’abord comprendre ce qui pousse un nombre croissant de jeunes à s’engager dans de telles actions, ou tout au moins à les soutenir.

En 2018 et 2019, des millions de jeunes sont descendus dans les rues, à travers le monde, pour protester contre la passivité des gouvernements face à la crise environnementale. D’après la plupart des organisateurs de ces manifestations, elles visaient à faire « prendre conscience » de la gravité de la situation – et à exercer une pression sur « les décideurs » pour qu’ils prennent des mesures radicales.

Cependant, l’inaction des capitalistes n’est pas un problème de conscience ; c’est la conséquence d’un système. Les mécanismes fondamentaux du mode de production capitaliste sont en contradiction directe avec les mesures requises pour lutter efficacement contre la crise climatique. Les capitalistes n’investissent pas pour sauver la planète, mais pour faire un maximum de profits. Dans leur lutte permanente pour des parts de marchés, ils ne peuvent pas se permettre d’investir à perte dans la transition écologique. Certains, d’ailleurs, tirent directement profit de la destruction de l’environnement : c’est le cas notamment des patrons de l’industrie pétrolière.

Non seulement la bourgeoisie est parfaitement consciente des effets du réchauffement climatique, mais elle s’efforce d’en tirer un maximum de profits : le marché « éco-responsable » ne cesse de croitre et génère des fortunes colossales. Chacun le sait et l’observe au quotidien : l’écologie est devenue un élément central du marketing capitaliste, sans le moindre bénéfice pour l’environnement.

Nombre de politiciens bourgeois ont accueilli les manifestations de 2018 et 2019 avec une hypocrite bienveillance. La main sur le cœur, ils juraient qu’ils allaient prendre le problème à bras le corps. Macron, par exemple, a salué les manifestants – avant de poursuivre sa désastreuse politique environnementale. C’est précisément ce constat qui pousse de jeunes militants vers l’« action directe ». Les militants du collectif « Tyre Extinguishers » (« Extincteurs de pneus »), qui dégonflent des SUV dans plusieurs villes, l’affirment clairement : ils « passent à l’action parce que les gouvernements et les politiciens n’ont pas réussi » à agir et que les « demandes polies et les manifestations ont échoué ».

Le problème, c’est le capitalisme !

Ces méthodes peuvent paraître plus radicales que des manifestations de masse. Cependant, leur efficacité concrète est nulle. La production globale de SUV ne va pas baisser parce qu’un certain nombre de ces véhicules sont dégonflés. De même, aucun projet d’extraction pétrolière ne sera interrompu par la projection de soupe, de purée ou de tarte à la crème sur des chefs-d’œuvre picturaux.

Mais surtout, ce type d’actions marque un recul par rapport aux manifestations de 2018 et 2019. En effet, ces manifestations étaient très positives dans la mesure où elles marquaient le début d’une mobilisation collective de la jeunesse. Or seule une mobilisation collective des jeunes et des travailleurs permettra d’en finir avec la cause fondamentale de la crise climatique : le système capitaliste lui-même. A l’inverse, les actions « coups de poing » sont le fait d’individus ou de petits groupes d’individus isolés, qui prétendent – consciemment ou non, peu importe – se substituer à l’action de masse, qui seule peut faire avancer notre cause. Du point de vue de la classe dirigeante, cela ne représente aucun danger. C’est ce qui explique, par exemple, que le très bourgeois Libération ait récemment publié un reportage très positif sur les « dégonfleurs » parisiens.

Il est vrai que de simples manifestations ne suffiront pas à régler le problème : il faudra une révolution socialiste. Mais justement, cela suppose une mobilisation massive et déterminée de l’ensemble des exploités et des opprimés, qui d’ailleurs ne se mobiliseront pas seulement pour le climat, mais plus généralement pour défendre leurs conditions de vie et de travail, c’est-à-dire pour en finir avec les injustices, la misère et les humiliations que le capitalisme leur inflige chaque jour.

Les deux grandes leçons qu’il faut tirer des manifestations de 2018 et 2019 sont donc les suivantes : 1) le mouvement doit défendre un programme de rupture avec le système capitaliste ; 2) la jeunesse en lutte pour le climat doit chercher à mobiliser la seule force sociale capable de renverser le capitalisme : la classe ouvrière.

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