Les politiciens, les commentateurs et les grand bourgeois sont tous d’accord : nous faisons face a des changements de qualité historique. Si pour une fois nous sommes d’accord avec l’analyse de ces représentants de la classe dominante, nous ne le sommes par contre pas pour les mêmes raisons. Eux, en se basant sur l’événement ponctuel de la votation sur l’initiative UDC, font dans le catastrophisme. La panique se répand parmi des couches importantes de la bourgeoisie. Ils craignent de perdre deux choses essentielles à leur mode de production : la main d’œuvre illimitée et bon marché et l’accès aux marchés européens.

De voir dans les évènements ponctuels, comme par exemple dans des résultats de votations, la fin du monde est d’un côté de l’impressionnisme – d’ailleurs aussi répandue parmi certaines franges de la gauche – de l’autre côté de la poudre aux yeux. Les votations (tout comme les élections) sont importantes, mais elles ne sont cependant pas à surestimer. Elles donnent lieu à des expositions ouvertes de différentes positions de classe et peuvent ainsi accentuer la prise de conscience des différences d’intérêts au sein du capitalisme. Pour ceci il faut que les batailles soient aussi menées par la gauche avec des positions propres, avec un contenu de classe. Ceci n’a, dans ce début d’année 2014, pas été le cas et attribue, aux stratèges du PSS et des syndicats nationaux, une grosse part dans la responsabilité qui a vu le succès de l’UDC raciste. Pour eux, la lutte contre la xénophobie est au final uniquement une question de marketing qui peut autant être accomplie par la « boîte de communication » Economiesuisse ou par le mouvement ouvrier mobilisé. Quelle erreur monumentale car il existe une opposition fondamentale entre les intérêts de la bourgeoisie nationaliste et ceux du mouvement ouvrier internationaliste et solidaire.

Quoi qu’il en soit, les votations ne sont pas plus que des prises de température ponctuelles, des captures instantanées des rapports de forces dans la société dans un moment précis. Cette capture est d’ailleurs bien figée par la nature absolutiste avec laquelle la démocratie bourgeoise demande de nous déterminer sur des questions relevant du « c’est oui ou c’est non », puis c’est décidé une fois pour toujours. Ceci ne doit toutefois pas nous faire croire que les rapports sociaux qui forment la base des résultats de vote en faveur du patronat (UDC ou bourgeois classique) sont figées une fois et pour toujours. Ils ne constituent alors pas un fatalisme face auxquelles nous ne pouvons pas nous en sortir. Les tendances politiques dans la société ne sont pas statiques, mais peuvent basculer rapidement. Tout dépend des moyens politiques et pratiques de lutte que nous déployons. Au lieu de nous apitoyer sur une Suisse raciste depuis toujours et pour toujours, nous devons impérativement nous interroger sur la manière de faire basculer les rapports de force.

Nous disons que le caractère historique de notre époque ne réside alors pas dans tel ou tel événement isolé, dans tel ou tel résultat de votation. Nous inscrivons notre compréhension dans une analyse des tendances larges de l’évolution matérielle du capitalisme. Au lieu de voir juste une photo, nous essayons de voir un film. C’est cela que nous enseigne la méthode marxiste de la dialectique matérialiste. Et là effectivement, la nature inédite de nos temps devient une chose moins guidée par les impressions immédiates, reflétant ainsi dans un certaine mesure la panique, mais elle s’inscrit dans une conscience des forces contradictoires à l’œuvre au-delà des apparences.

Toutes les annonces des effets de l’acceptation de l’initiative UDC que nous offrent les représentants de la classe dirigeante ne sont en effet rien de nouveau. Crédit Suisse pronostique qu’à la suite du résultat de la votation, nous n’allons guère voire des investissements productifs dans ce pays durant les trois prochaines années. Pourtant, depuis l’éclatement de la crise, les patrons n’ont quasiment pas procédé à des investissements. Si on prophétise des destructions d’emplois ces prochaines années, quid des vagues de licenciements progressives dans l’industrie et les services ?

Ce ne sont pas des questions secondaires du tout, même si évidemment notre compassion envers tous nos collègues migrants ne faiblira pas et que ceux-ci devront faire face à une discrimination accrue. Tout cela nous montre toutefois que les solutions préconisés pour l’économie suisse s’inscrivent dans la crise inhérente au fonctionnement propre du capitalisme. Les entrepreneurs n’investissent pas parce qu’il y a une surproduction et qu’ils ne sont pas sûr de pouvoir réaliser les profits espérés. Ils licencient, pour faire travailler moins de bras pour la même quantité de travail. Ils exercent de la pression sur les salaires pour abaisser les prix de leurs biens et pour ainsi mieux se positionner dans la concurrence acharnée sur les marchés.

Ce n’est pas la faute à l’initiative UDC si le capitalisme Suisse ira mal dans la période à venir. Grosso modo, il s’agit du « business as usual » de la crise du capitalisme. Les possédants vont continuer à faire payer les salariés et les jeunes pour leur crise, qui est dicté par la seule impulsion venant des intérêts du profit et de la compétition. Grâce à l’initiative raciste, les patrons bénéficieront dès lors d’une excuse formidable lorsqu’ ils procèderont de nouveau à des licenciements. Ils l’utiliseront alors pour organiser toute sorte d’attaques et de contre-réformes. Il faudra donc s’attendre à diverses échelles d’offensives politiques du patronat.

La résistance doit donc s’organiser. Il faut une lutte continue et conséquente contre la xénophobie mais celle-ci doit se faire avant tout sur la base des intérêts partagés de tous les salariés. Il faut rompre avec la logique, selon laquelle il faudrait protéger la place économique helvétique. Celle-ci est une construction fictive d’intérêts prétendument partagés entre les travailleurs et les patrons dans ce pays. Bien-sûr que nous avons un intérêt à ce que tout le monde puisse avoir une vie digne et les moyens pour subvenir à ses besoins. Cependant nous ne voyons pas en quoi nous pouvons avoir des intérêts en commun avec un Schneider-Amman, détourneur de fonds à une échelle massive et donc directement responsable pour les mesures d’austérités dans le canton de Berne. Les patrons ont leurs intérêts de profit et c’est tout. C’est aussi uniquement pour cela qu’ils se sont « battus » contre l’initiative UDC. Cependant ils sont responsables pour la pression continue sur les salariés, que cela soit sur leurs lieux de travail, sur le marché du logement ou lorsqu’ils ont besoins de recourir aux prestations publiques.

C’est la contradiction à laquelle le patronat classique fait face. D’un côté la crise les pousse à s’attaquer de plus en plus aux divers acquis sociaux pour rétablir la profitabilité de leur production. Ces attaques sont en revanche déviées par l’UDC de leur base matérielle, vers la question de la migration. Le succès de l’UDC génère à nouveau des problèmes aux conditions d’accumulation pour les grandes entreprises, ce qui les force un nouvelle fois à s’attaquer aux travailleurs.

Cet apparent cercle vicieux continuera à tourner aussi longtemps nous, la gauche et le mouvement ouvrier, restons passifs et optons pour une position défensive face à toutes ces attaques sociales et économiques contre les salariés, les jeunes et les vieux, les migrants et les femmes. Une partie importante de la jeunesse a au contraire, montré sa volonté de lancer des mobilisations. Il faut cependant se garder de tomber dans le piège de nous battre sur des questions isolées. Ce n’est qu’en considérant les forces derrières toutes les formes d’attaques contre nos conditions de vie comme expression d’une seule raison, de la structuration de la société en classes sociales, que nous arriverons à avoir du succès dans nos combats. Nous avons les moyens politiques pour aller à l’offensive, il faut juste les saisir.

La précarisation de couches de plus en plus larges de la population n’est alors pas due à une seule « variable » sociale, dans ce cas là à l’initiative UDC. Elle s’inscrit dans une équation plus complexe du capitalisme, dont la résolution correspond actuellement à la crise générale. Le succès de l’initiative est elle-même qu’une expression de cette crise. Si nous voulons alors combattre l’UDC, nous devons combattre la crise. Et si nous voulons combattre la crise, nous devons nous affronter au système capitaliste dans son ensemble. Au final, c’est la question du qui commande le levier du pouvoir dans la société bourgeoise qui doit être posée.

La rédaction

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