Manifestantes à Lucerne

Dans les cantons et les communes, une épidémie d’austérité se répand. Ils économisent dans le secteur de l’éducation, de la santé et du social, tout comme chez le personnel pendant que les riches se retrouvent épargnés. Il faut une réponse de résistance. Un état de la situation et des luttes en suisse alémanique.

Manifestantes à Lucerne

Les riches vont bien durant la crise. Ils vont même de mieux en mieux. L’année dernière, les fortunes des 300 les plus riches a gonflée de 6.5% (+31.1 milliards de francs). Les dix personnes les plus riches de Suisse se sont enrichies de 21 milliards. Ils ont, a eux seuls, une fortune de 141 milliards. La source principale de cette croissance fut les gains en bourses. Qui possède reçoit encore davantage. Au même temps, les travailleurs et les retraités sont frappés par des salaires stagnants, des augmentations de primes d’assurances maladies et des loyers exorbitants. Il leur reste de moins en moins d’argent dans le porte-monnaie. Comme partout en Europe c’est à eux de payer les frais pour la crise économique. Pour le moment ceci se fait principalement par les mesures d’austérité.

Démantèlement social

Un canton après l’autre adopte des programmes d’austérité. Ainsi dans le canton de Berne,  entre 231 et 491 millions de francs devraient être économisés. Premier sacrifice: suppression de plus de 600 emplois dans le service public. Les secteurs touchés sont l’éducation, l’assistance au personnes handicapées, la psychiatrie, l’administration fiscale, l’entretien des routes et enfin aussi la police cantonale. La croissance de la somme des salaires devraient être gelée, ce qui est de loin le plus important pour les finances cantonales.

Le maire de Winterthour, Stefan Künzle (PDC) constate que « l’éducation et le sociale explosent ». Son programme est claire: il faut couper. C’est ainsi que des villes comme Winterthour s‘infectent par la folie des économies. La responsable des finances Ivonne Beutler nous fait les calculs ; en 2013 la ville aurait un déficit de 62 millions de francs. Conséquence : il faut couper dans les dépenses. Ainsi fut commenté par la social-démocrate, récemment élue, le plus grand programme d’austérité que la ville ait connu dans son histoire: « C’est un grand défi mais aussi une tâche passionnante. » Comment arrive-t-elle à trouver dans la suppression d’emplois publics, dans des économies dans les services de soins aux personnes âgées et dans les dépenses sociales une « tâche passionnante » ? ça reste pourtant mystérieux.

De Lucerne, St. Gall, Bâle, Berne, Schaffhouse, Thurgovie à Zurich, et enfin aussi en Suisse romande – partout le même image se dresse. Économies chez les vulnérables et tendresse pour les profiteurs du système capitaliste.

Conséquence de la logique de profit

Dans les débats autour de l’austérité, l’origine des dettes et des déficits est ignorée. Les bourgeois souffrent apparemment d’une amnésie. Ils semblent oublier que les caisses vides sont leur mérite. La concurrence fiscale ruineuse entre les cantons et entre les villes a creusé des gros trous dans les caisses publiques. Pour le canton de Zurich, cette compétition a engendré des pertes de recettes fiscales de 2 milliards de francs. La même somme qui manquerait apparemment aujourd’hui.

Pour les 10 prochaines années, la réforme de l’imposition des entreprises engendrait des pertes de 8 milliards de francs pour la Confédération, les cantons et les communes. Et il s‘agit d‘estimations conservatrices. L’imposition des entreprises est symptomatique pour la politique de redistribution capitaliste des dernières deux décennies. Cet impôt était encore à la hauteur de 20% en 1990. Aujourd’hui les entreprises doivent encore verser 7% de leurs bénéfices au fisc. A cela s’ajoute l’impôt sur la succession qui a été pratiquement aboli en Suisse.

Les caisses vides des communes et des cantons sont le résultat de la lutte des classes d’en haut vers le bas. Elles sont également une conséquence de la crise de l’euro. Ces dernières deux ans, la banque nationale (BNS) a consacré des milliards à l’achat d’euros. Ceci dans le but de déprécier le franc fort et de subventionner ainsi l’industrie de l‘exportation. Maintenant, cet argent manque dans la distribution des bénéfices de la BNS aux cantons et aux communes.

Il est tout à fait faux d’attribuer cette politique à une opinion erronée ou à une idéologie fausse de la bourgeoisie. Les cadeaux fiscaux et le démantèlement social des dernières années ont eu comme but principal, le rabaissement des coûts pour les entreprises et l‘augmentation de la compétitivité de celles-ci. Les baisses d’impôts et les mesures d’austérité qu’elles engendrent sont alors également une conséquence de la compétition accrue sur l’arrière plan de la crise. En fin de compte, c’est la même logique qui rend « nécessaire » l’austérité barbare dans les pays d’Europe du sud. C’est la logique même du capitalisme; les profits des entreprises sont l’objectif principal et le but ultime ; tout le reste est secondaire. Ceux qui revendiquent simplement une augmentation de l’imposition des entreprises doivent garder en tête que cela pourrait avoir des conséquences dramatiques pour la compétitivité des entreprises suisses. Les mesures prises en Suisse pour justement augmenter la compétitivité ont également été prises dans pratiquement tous les autres pays industrialisés. Même si les bourgeois mentent souvent quand ils menacent de délocaliser la production face à tout aggravation infime de leur condition d’accumulation. Mais une augmentation considérable des coûts pour les entreprises à travers la fiscalité aurait très probablement comme conséquence une fuite d’entreprises et par conséquent, des capitaux.

Quelle alternative ?

Les salariés ne peuvent pas accepter cette logique capitaliste qui ne correspond nullement à leurs intérêts. Dans des cantons isolés des réponses de la part des personnes concernées ne fait pas attendre. Les employés d’État et leurs syndicats ont déjà organisés des manifestations dans différents cantons. Le rassemblement de 4‘000 personnes dans le canton conservateur de St. Gall en novembre dernier est remarquable. Mais des manifestations se sont également tenues à Lucerne, Schaffhouse, Berne, Genève ou récemment à Thurgovie. Malheureusement les représentants du mouvement ouvrier au sein des parlements se montrent largement pauvres en idées et concepts. Toute la social-démocratie se montre résignée. Surtout là où il faudrait s’affronter à des politiciens du parti présents dans les exécutifs pour combattre les mesures d’austérité. Par exemple, dans la ville de Winterthour, le PS se renferme dans sa coquille. Il se soumet majoritairement à la logique des « nécessités » capitalistes sans élaborer une alternative. Exception faite pour la revendication timide d’une augmentation de l’imposition générale qui touche, d’ailleurs, surtout les couches de revenus bases et moyennes, les parlementaires du PS n’osant pas s’affronter au capital.

Augmenter les impôts pour les riches et les entreprises est une revendication tout à fait correcte aujourd’hui en Suisse. Par contre, sans mobilisations d’envergure et sans offensive organisationnelle, elle ne demeure qu’une belle formule vide. Le programme d’austérité de la bourgeoisie ne peut être empêché à travers les initiatives, les référendums ou les débats parlementaires. Pour cela, il faut de la résistance vigoureuse. En vue de la hausse en combativité des employés publics, cette perspective se montre tout à fait réaliste. Pour affronter la lutte des classes d’en haut, il faut la lutte des classes d’en bas. Des mobilisations et actions allant jusqu’aux grèves doivent être notre réponse. Les maîtres d’austérité bourgeois ne comprennent pas d’autres langages. Les employés et autres personnes concernés doivent s’organiser. Des comités d’actions contre les programmes d’austérité, comme on l’a vu à St. Gall, sont le prochain pas nécessaire.

Mais au final, une discussion strictement technique sur la hauteur de l’imposition…etc ne suffit pas. A la base de cette question se trouvent également les intérêts de classe divergents. Les possédants veulent une imposition basique pour pouvoir faire un maximum de bénéfices. La majorité a besoin d’un bon système de formation, un système de santé abordable et de qualité, un emploi assuré, des loyers abordables…etc. Les riches vont retirer leur argent de Suisse, s’ils ne peuvent plus faire de bénéfices élevés. La majorité veut bien vivre dans ce pays. La question des finances publiques soulève alors, en fin de compte, la question de la propriété. Qui dispose / A qui appartient de / à la richesse socialement produite ? Aujourd’hui en Grèce cette question se pose déjà de manière relativement concrète. Des augmentations d’imposition des entreprises détruiraient l’économie nationale déjà peu compétitive. Au même temps, la majorité ne peut guère continuer à vivre sous les mesures d’austérité actuelles.

La tâche actuelle de la social-démocratie et le mouvement ouvrier en général est alors une rupture avec la logique capitaliste ; il faut démontrer que le combat des employés publics en Thurgovie est le même que celui des bernois, mais s’inscrit également dans la lutte pour un AVS raisonnable. Le PS doit s’opposer sans compromis à toute mesure d’austérité, surtout dans les régions où elle participe au gouvernement. Les politiciens des diverses instances exécutives doivent utiliser leur autorité pour dénoncer publiquement l’austérité. Ils doivent refuser de soutenir l’austérité bourgeoise et démissionner au cas où les bourgeois maintiennent leur programme. Qu’ils mettent en œuvre leur politique eux-mêmes. L’adaptation sans principe à la majorité bourgeoise est fatale pour le parti en entier. Le PS doit réussir à soumettre les représentants aux gouvernements au programme du parti et au programme électoral. Toute adaptation aux bourgeois doit être immédiatement sanctionnée. Car, à quoi servent de représentants du mouvement ouvrier qui mènent une politique bourgeoise ?

L’importance des luttes contre l’austérité va bien au-delà de la simple défense contre les attaques criminelles des capitalistes. Elles dévoilent la logique inhumaine du capitalisme à des couches plus larges des salariés et la rendent concrètement tangible et compréhensible. Il s’agit alors d’unir ces couches derrière un programme qui rompt avec la logique capitaliste et qui indique le chemin vers le socialisme.

C’est pourquoi, nous revendiquons :

  • Halte à l’austérité. Pas d’économies sur le dos du personnel, dans l’économie, dans la santé et dans le social !
  • Que les arnaqueurs et les entrepreneurs payent la crise : augmentation et harmonisation des impôts sur les entreprises, augmentation de l’imposition des grandes fortunes, introduction d’un impôt sur les gains en capital et d’un impôt fédéral sur les successions, tout comme une taxe générale sur les transactions financière d’au moins 0.1%
  • Augmentation salariale et ouverture de postes dans le secteur public. Déjà dans le secteur de la santé et de l’éducation, plus de 10‘000 emplois manquent.
  • Introduction d’un salaire minimum à 4‘000 francs
  • Augmentation des rentes, des indemnités chômage et de l’aide sociale.
  • Baisses d’impôts pour les revenus les plus bas.

Daniel Flückiger
JS Bâle Ville

Matthias  Gränicher
JS Winterthour

 

 

 

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