Les camarades d’Unia jeunes Zurich/Schaffhouse et Thurgovie ont lancé récemment un « pilori des places d’apprentissage ». Nous publions ici un article sur le succès et les limites de cette campagne. Si toi aussi, tu veux annoncer des problèmes dans ton apprentissage, prend contact avec le groupe Unia jeunes Genève.

Se former est un rude métier. Dès qu’on commence à questionner le système de formation actuel, on entend cette phrase. L’apprentissage est considéré comme la période dans laquelle on est censé se contenter des salaires bas, peu de droits et avec une situation humaine difficile. Le seul conseil qu’on entend: tais-toi, sers les dents et termine ton apprentissage. Les institutions publiques échouent complètement lorsqu’un apprenti veut quand même se défendre contre ses conditions de travail indignes. Pour enfin changer cette situation, les groupes Unia jeunes des cantons de Zurich/Schaffhouse et Thurgovie ont lancés le « pilori des places d’apprentissages ».

L’inégalité de traitement auquel les apprentis font face est généralement justifiée par le fait qu’ils fournissent moins que ceux qui ont déjà obtenu leur formation. Mais c’est plutôt le contraire qui est vrai : ils fournissent nettement plus de travail non-payé que les salariés qualifiés. Les maîtres d’apprentissage l’avouent eux-mêmes en disant que les apprentis sont en moyenne 30% moins productifs que des salariés qualifiés. Leurs salaires sont par contre nettement plus bas que leurs efforts fournis.

Exploiter les apprentis

Une autre évidence est le fait de recevoir une formation en contrepartie du travail fourni. Mais pendant une large partie de leur temps de travail, les apprentis doivent effectuer des travaux qui n’ont rien à voir avec leur formation. Pendant la première année de l’apprentissage, environ 50% du temps de travail est consacré à de tels travaux, toujours selon la volonté des maîtres d’apprentissage. Les entreprises font des profits en obligeant les apprentis à effectuer des tâches en-dehors de leur métier. Par exemple, il est moins cher de faire nettoyer l’atelier à un ou deux apprentis que d’engager du personnel de nettoyage. De telles pratiques sont très communes parmi les patrons, surtout en période de crise.

Les salaires pitoyables des apprentis sont en règle générale épuisés après deux ou trois weekend. C’est ainsi que les parents doivent souvent encore se charger d’une partie importante des dépenses de leurs enfants. En s’occupant de l’entretien de leurs enfants pendant la formation, ils subventionnent indirectement les patrons avec un demi-milliard de francs que ces derniers touchent chaque année grâce à l’exploitation des jeunes de ce pays.

Mais ces mesures pour augmenter la plus-value patronale ne suffisent apparemment plus à beaucoup d’entreprises. De plus en plus souvent, ils font appel à des mesures qui dépassent même les frontières de la législation bourgeoise. Il n’est pas rare que des apprentis fassent des heures supplémentaires non payées ou qu’ils se trouvent forcés à travailler le weekend. De telles violations des droits sont favorisées par le fait qu’en règle générale, des infractions de la loi sur la formation professionnelle ne portent aucune conséquence. Les conditions de travail des apprentis ne sont guère contrôlées et si elles le sont, les problèmes découverts ne donnent que rarement suite. Si un apprenti, malgré le risque d’avoir des difficultés avec son maître par la suite, décide de demander le soutien de l’office de la formation professionnelle, il se rend compte qu’il ne va pas en recevoir. Dans beaucoup de cas, les responsables de la surveillance des apprentissages ont souvent eux même été formateurs d’apprentis dans des entreprises et ont alors souvent plus de compréhension et de sympathie pour les patrons que pour les apprentis. C’est ainsi que le chef de la surveillance des apprentissages à St. Gall, par exemple, est en même temps président de l’Union cantonale des arts et métiers ce qui n’est clairement pas un signe d’indépendance.

Lancement du site web

Pour dénoncer ces infractions et injustices dans la formation professionnelle, les groupes Unia jeunes de Thurgovie et de Zurich/Schaffhouse ont décidé de lancer une campagne sous le titre « mise au pilori des places d’apprentissage » (« Lehrstellenpranger »). En respectant tout anonymat, les apprentis ont ainsi la possibilité de partager des infractions sur le site web www.lehrstellenpranger.ch. Les réactions à cette campagne ont été impressionnantes. Dès le début de la campagne, Unia jeunes a reçu de nombreux témoignages sur des abus et maltraitances d’apprentis par leurs entreprises formatrices. Le nombre de témoignages et leur gravité qui ont jusque là été annoncés ont largement dépassé toutes nos attentes. Le plus grand nombre de violations annoncées concernent les heures supplémentaires non payées et les travaux en dehors de leur métier. Unia jeunes a commencé à publier des témoignages sur le site web et sur Facebook, évidemment avec le feu verts des concernés. Les associations patronales ont directement et de manière virulente commencé à critiquer la campagne publiquement. Grâce à ceci, la campagne a obtenu encore davantage d’attention dans la presse.

Un long chemin

Mais le contact avec les apprentis concernés se montre difficile. Nombre d’entre eux n’osent pas critiquer leurs entreprises avant qu’ils n’aient pas achevé leur formation. Par peur de perdre leur place d’apprentissage, la plupart d’entre eux ne veulent pas entamer des démarches supplémentaires. Unia jeunes essaie néanmoins de donner le courage à ces jeunes de défendre leurs droits. En se basant sur les témoignages sur la « mise pilori des places d’apprentissage », une pétition qui englobe les revendications qui découlent des annonces devrait être lancée. La revendication de contrôle des entreprises formatrices sans qu’il y ait des soupçons particuliers sera lancée. Il faut cependant une organisation plus large et plus forte que celle qu’Unia jeunes représente actuellement pour qu’une telle pétition puisse avoir du succès. C’est pourquoi le prochain pas décisif va être une mobilisation nationale des apprentis qui aura comme but de donner une impulsion à la création de groupes actifs d’apprentis. La campagne a besoin d’un soutien large pour atteindre ceci. La JS des cantons de Zurich et de Thurgovie ont déjà déclaré leur disponibilité pour soutenir activement Unia jeunes dans leur lutte visant la défense des intérêts des apprentis. De plus, la JS zurichoise a adopté un document dans lequel ils formulent le but d’entamer généralement une collaboration plus étroite avec la jeunesse syndicale.

La « mise au pilori des places d’apprentissages » est un premier pas sur le long chemin pour organiser les apprentis. Il doit en ressortir de manière claire et nette, que les offices de surveillance des apprentissages et les patrons sont intimement liés entre eux. Le « succès » de la dualité du système de formation réside dans l’engagement important dont les jeunes font preuve tous les jours. Ce travail doit enfin être valorisé à son juste titre, aussi du point de vue salarial et juridique. En effet, une chose est claire à notre sens : la formation ne mérite pas d’être une marchandise mise à l’enchère.

 

Cyrill Schenkel
Comité JS Canton de Zurich
Unie Jeunes Zurich-Schaffhouse

 

Et à Genève, ça bouge aussi !
Des apprentis de différents écoles professionnelles du canton se sont déjà réunis deux fois avec le but de constituer une association des apprentis. Pour le moment trois différents écoles sont représentées. Pour se mettre en contact : FB Apprentis Geneve
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