Le 7 mars, Adrien Faure (AF) a publié un article sur son blog personnel déclarant pourquoi il ne soutiendrait plus « les trotskistes de der Funke ». A cause de la gravité de ses accusations, nous mettant au même niveau que les « social-libéraux » et les « carriéristes », une réponse et des clarifications nous paraissent indispensables.

Nous ne sommes jamais contre le débat politique, au contraire. Des confrontations politiques au sein du mouvement ouvrier et de la jeunesse sont décisives pour aller de l’avant. C’est pourquoi depuis des nombreuses années, l’étincelle intervient ouvertement avec des résolutions, des papiers de positions et évidemment avec notre journal au sein du mouvement ouvrier et au sein de la jeunesse socialiste. Avec ces interventions, nous menons toujours un débat fraternel et sincère. Nous soutenons et nous nous engageons dans toutes les discussions qui amènent de la clarté d’idées et qui augmentent le niveau politique. Cependant, l’article d’AF, loin d’augmenter le niveau du débat, utilise des arguments diffamatoires et sème de la confusion en ce qui concerne nos positions. On est évidemment ouverts à toutes critiques honnêtes envers nos positions. Cependant, nous n’arrivons pas à considérer celles qu’AF nous adresse comme de telles.

Pour nous les débats ont un sens lorsqu’ils ont une valeur pratique traitant l’orientation que le travail politique des organisations politiques doit prendre. Cependant, ce qu’AF vise avec son article reste obscur. A part le fait qu’il nous conseille de « réfléchir sur ce qu’est le socialisme et sur ce qu’il n’est pas ».

Si cela n’est que de l’auto-mise-en-scène, cet article n’a aucune valeur quel qu’elle soit. Il n’oriente pas, mais désoriente. Au lieu de faire avancer le mouvement (le parti) dans la nécessité de comprendre la situation actuelle, il dévie l’attention des questions essentielles. Bref, il a des vrais débats et des faux débats. Nous le laissons au soin du lecteur d’en juger soi-même, à quelle catégorie la « contribution » d’AF appartient.

Nous ne comprenons nullement la conception démocratique d’AF. Pour nous, c’est encore la majorité qui décide. Le fait qu’il présente la décision par rapport à la participation de membres de la JS au « Comité de Jeunes », projet piloté par des jeunesses bourgeoises, comme une mise en scène de la part de l’étincelle, ne fait que prouver son mépris pour la démocratie et envers les membres qui composent la JS. AF dénie la capacité des nombreux camarades JS, qui ne font pas partie de notre tendance, de prendre des décisions par eux-mêmes.

Nous croyons qu’il est d’une importance décisive, surtout dans la situation actuelle, de démontrer les intérêts de classe divergents entre la gauche (et le mouvement ouvrier en générale) et la bourgeoisie. Nous n’aurons jamais d’intérêt « nationaux » et encore moins en commun avec les fils et filles des patrons. Suite au résultat de la votation du 9 février, l’importance d’une posture indépendante de classe s’est montrée plus que jamais nécessaire. C’est alors sur cette base que la JSG a décidé que l’appartenance à la fois à la Jeunesse socialiste et à de tels organes n’est pas compatible. Une personne ne peut être empêchée de participer à de telles « comités », tant que cela est fait à titre personnel et non pas au nom de la JS. Cette position n’a rien à voir avec un quelconque autoritarisme de notre part. C’est celle décidée démocratiquement au sein d’une assemblée générale de la JSG.

AF se base sur les « statuts » de la JS pour critiquer cette décision, ce qui relève en fait rien d’autre que son propre bureaucratisme. Les statuts actuels reflètent une situation politique différente et passée au sein de notre parti. En se référant aux statuts pour critiquer une décision démocratique prise dans l’actualité revient à jouer un rapport de force passé (et favorable à AF) contre le rapport de force actuel, qui lui est défavorable. Mais ce n’est de loin pas « démocratique » en soi, bien au contraire.

Son paragraphe critiquant notre position sur la libre-circulation est dépourvu de tout base. D’où est-ce qu’il tire de telles accusations contre nous ? Nous ne l’apprenons nulle part. Nous avons toujours donné un soutien critique aux mesures d’accompagnement dans le cadre de la libre circulation. Nous disons qu’elles ne sont utiles que dans la mesure ou elles sont utilisées pour activement augmenter l’organisation syndicale à l’échelle des entreprises, sur le lieu de travail et dans les branches. Elles peuvent certes protéger les salariés contre les pires attaques. Cependant, sans base syndicale active et capable de défendre les conditions de travail, les mesures d’accompagnement sont sans cesse minées. Nous comptons avant tout sur l’activité des salariés eux-mêmes dans la défense de leurs conditions de travail. L’analyse d’AF par contre est schématique et ne nous explique rien. Aujourd’hui, plus de travailleurs détachés sont actifs en Suisse (et n’ont pas le droit au regroupement familial) qu’à l’époque des saisonniers. L’instauration de la libre circulation n’est donc pas « d’ores et déjà une amélioration par rapport aux contingents ». L’exagération n’a jamais aidé à développer des positions claires.

Son accusation selon laquelle, nous sommes des adeptes à un « marxisme archaïque » ne reflète que son incapacité de saisir ce que c’est la méthode du marxisme, c’est-à-dire ce qu’est la dialectique matérialiste. Oui, nous partons de certaines prémisses, comme la division de la société en classes, enracinées dans leurs rapports respectifs au moyens de production et ayant des intérêts divergents. Evidemment le capitalisme n’est pas exactement le même qu’il y a 100 ans, et nous sommes les derniers a ignorer l’évolution des conditions objectives et subjectives qui ont pris place. C’est pourquoi nous contrôlons chaque année notre orientation en discutant un document des perspectives pour la lutte des classes en Suisse.

Ce n’est pas étonnant que très vite AF commence à critiquer « une forme et un vocabulaire absolument pas en phase avec la société contemporaine ». Ce n’est pas un hasard. En effet, lorsqu’on n’a pas d’argument politique, on dévie toujours la critique vers « la forme » ou « le langage. C’est bien plus simple que d’engager un débat réel.

Avec de telles attaques formalistes, AF ne cherche qu’à camoufler ses propres incohérences. D’un côté, il prône une prétendue « autogestion », de l’autre côté il se base lui même sur des mesures bureaucratiques, comme nous l’avons montré plus haut. En plus, des mots comme « autogestion » sont pour lui uniquement du délayage pour défendre le statu quo. Comment arrive-t-il à soutenir par exemple une défense des conditions de travail d’en haut (par les mesures d’accompagnement) et non pas par l’auto-organisation ? Nous ne l’apprenons nulle part.

Ce dernier semestre, la JS a connu une importante croissance en membres, particulièrement de collégiens. Mais le fonctionnement actuel de notre organisation ne parvient pas à utiliser cette nouvelle énergie et montrer une JS active et dans la rue. Nos assemblées durent quotidiennement plus que trois heures. En plus, il est difficile de suivre les discussions politiques si on n’assiste pas à la totalité les réunions. Avec ce rythme très intense de réunions, nous ne trouvons pas le temps de faire des actions. Si nous ne changeons pas ce fonctionnement, nous n’arriverons pas à nous ouvrir à des gens qui travaillent et n’ont que peu de temps libre le soir (d’ailleurs, c’est un objectif énoncé lors de l’assemblée annuelle) ou à ceux qui ne sont pas prêts à renoncer au reste de leurs loisirs. C’est ici que nous voyons le rôle d’un comité qui prend plus de responsabilité. Notre fonctionnement prétendument démocratique devient anti-démocratique parce qu’il désavantage tous ceux qui ne jouissent pas d’un temps libre illimité.

Pas tout le monde ne change ses positions politiques presque quotidiennement et n’est aussi instable qu’AF à un point presque délirant. Être autant « en phase avec la société » qu’AF, on y arrive difficilement. Mais, sincèrement, nous n’avons pas besoin de théoriciens « novateurs » et auto-déclarés du socialisme, si cela n’est qu’autant de confusion qu’en découle. Nous avons besoin d’une clarté d’idées pour développer une pratique qui nous aide à construire le parti. C’est dans ce but l’étincelle s’engage dans la lutte, et à travers lequel nous proposons nos points programmatiques à travers notre proposition d’un programme d’action, en vue de développer une pratique offensive de la Jeunesse Socialiste. C’est à cette tâche que nous nous dédions entièrement et nous n’avons aucun intérêt à perdre du temps dans des débats abstraits sans cesse. Passons à l’action !

En espérant avoir pu adresser les critiques les plus importantes qu’AF nous reproche, il ne nous reste qu’à constater qu’AF nous prouve que la méthode et la théorie marxiste que nous défendons n’est pas si « démodée » qu’il ne le prétend.

« La question de savoir s’il y a lieu de reconnaître à la pensée humaine une vérité objective n’est pas une question théorique, mais une question pratique. C’est dans la pratique qu’il faut que l’homme prouve la vérité, c’est-à-dire la réalité, et la puissance de sa pensée, dans ce monde et pour notre temps. La discussion sur la réalité ou l’irréalité d’une pensée qui s’isole de la pratique, est purement scolastique. »

Marx, Thèses sur Feuerbach (1845)

Fraternellement,

La rédaction de l’étincelle.

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