L’initiative appelée «?Ecopop?» voyait une mobilisation d’une grande part de la population, à cause de son caractère dangereux. Ainsi, des unions sacrées ont été formées entre la gauche et des groupuscules néolibéraux. Soutenir et collaborer avec n’importe quelle organisation qui s’est opposée à ladite initiative xénophobe porte en soi aussi des dangers.

 

 

D’abord une clarification?; l’initiative «?Ecopop?» était terrible et n’aurait sert en aucun cas à éliminer un quelconque problème lié à l’écologie. Il n’est qu’une manière différente de légitimer le racisme ouvert de certaines personnes. Ces personnes qui ont l’impression que nous, avec notre façon de gérer l’économie qui détruit le monde, avons le droit d’imposer au reste du monde une façon de vivre leur vie. Il était donc à la fois très important de gagner cette votation et nous sommes satisfaits de voir tous les comités qui se sont formés pour lutter contre cette idiotie. Néanmoins, il est d’une très grande importance de distinguer entre ceux qui voyaient le véritable caractère xénophobe et paternaliste de cette initiative dédaigneuse et ceux qui craignaient perdre une main d’œuvre pas chère. C’est dans ce cadre que plusieurs groupes de travail, think tanks et autres se sont formés ou ont commencé à s’occuper de ce sujet, tel qu’Operation Libero, Société pour une Suisse ouverte et moderne, foraus et autres. Ils ont profité d’une atmosphère au sein de certaines couches la société qui se sont rendus compte, surtout depuis le 9 février, que nous ne pouvons plus nous laisser diriger par la xénophobie et la panique, nourries par l’extrême droite.

Normalement ceci devrait être l’instant pour un renforcement de la gauche, qui défend ces valeurs à n’importe quel moment et qui devrait prendre la parole. Mais avec ces groupuscules en montée, qui prétendent agir au nom d’une pensée sociale et antiraciste, cette partie de la gauche qui ne dispose pas d’un vrai programme avec des réponses claires pour des tels vagues et mouvements et donc n’arrive pas à guider les masses, se rallie à cette cause hypocrite, pour être «?à la mode?».

Mais quand des personnes de la gauche utilisent des arguments comme celui de défendre la place économique ou industrielle suisse, ceci est une faute presque inexcusable et une manière totalement fausse d’essayer d’attirer du soutien. C’est un argument ultralibéral qui est souvent exprimé contre les revendications de la gauche, pas seulement lors des votations, comme le salaire minimum et qui est un moyen des milieux économiques de prendre en otage la population, voire de menacer les travailleurs. Nous ne défendons pas la place économique suisse, nous défendons les ouvriers et ouvrières ici et partout?! Donc soit les politiciens de gauche qui sympathisent avec ces mouvements sont de l’aile droite et n’ont aucun intérêt à abolir le capitalisme, soit ils craignaient tant une répétition du 9 février qu’ils essayaient de bloquer cette initiative à tout (!) prix. Cependant, renforcer en même temps des groupuscules néolibéraux a des conséquences graves à long terme. En les soutenant, ils gagnent de l’influence et attirent des gens qui espèrent avoir trouvé une vraie opposition à la xénophobie existante. Mais ils ne sont pas contre «?Ecopop?» parce que celle-ci viole les droits humains ou parce que c’est une idée isolationniste, occidentaliste, arrogante et raciste. Mais ils s’y opposent, car s’il y avait moins de travailleurs étrangers, cela mettrait en danger leurs surprofits résultant de la pression salariale sur les ouvriers?! En vérité, ces organisations et surtout leurs donateurs voient une possibilité pour renforcer les positions libérales.

Ce sont toutes ces phrases euro — ou plutôt helvético-centrées que l’on trouve sur leurs sites et dans leurs appels, qui mettent en évidence le véritable caractère de ces groupes hypocrites. Ils écrivent des choses comme «?une politique d’économie libérale et une politique sociétale libérale ne sont pas contradictoires, mais se nécessitent mutuellement?». A ceci nous répondons?: oui, ils sont contradictoires?! une société ne va jamais être libre si elle se trouve sous le joug du capitalisme. Peut-être dans leur idée d’une société «?libre?», il faut une économie libérale qui garantisse que les riches restent riches et les pauvres restent pauvres et que les gens travaillent pour le bien-être d’une minorité. Mais nous, nous voulons une société démocratique, dans laquelle nous travaillons pour nous et pour la société. Nous nous opposons à cette initiative parce que cette société est ouverte à tout le monde et le libre mouvement des gens doit être assuré, ne pas parce qu’une main-d’œuvre abondante baisse le prix du travail?!

Dans un appel, écrit en septembre et signé par des centaines de personnes de la vie publique nous lisons que «?l’Europe était à l’époque le centre politique et économique du monde?» et qu’après l’abolition des anciens empires coloniaux, des forces non-européennes sont montées. Le seul moyen de renforcer la position de l’Europe consisterait aujourd’hui en travaillant ensemble, contre les autres. Il parait qu’il existe une véritable nostalgie des empires coloniaux?! L’Operation libero condamne l’Ecopop d’être chauviniste, mais sur la même page parle de «?la suisse, pays des opportunités?». Peut-être devraient-ils balayer devant leur propre porte?! Et sur la page de la Société pour une Suisse ouverte et moderne nous trouvons des idées comme celle que «?la Suisse est le dernier paradis du monde. Sauvons-le par l’ouverture d’esprit?». Le dernier paradis?! Quelle arrogance. Ils reproduisent le Sonderfall, l’exceptionnalisme de la Suisse, cette idée qu’ils essayent de nous apprendre depuis un siècle ou plus, mais qui n’a jamais vraiment existé.

Ils se fichent totalement des gens qui sont touchés par cette initiative. Ce que veulent ceux qui soutiennent et véritablement poussent ces mouvements, c’est sauver leur cher pays, leur économie qui leur garantit leur propre profit. Nous écrivons ceci sans condamner les gens qui s’y engagent honnêtement, car ils ont souvent la bonne foi, mais se laissent duper par les intentions cachées de l’élite économique.

Il existe encore plusieurs points sur lesquels nous pourrions critiquer les arguments émis par ces groupes. D’autant plus que même dans les points qui semblent traiter la vraie problématique de l’initiative, il manque par exemple toute référence aux droits de participation des étrangers à la vie politique sous forme de droit de vote, la parole salaire égale pour travail égale, car ce dumping salarial est exactement le problème, ou autres. Mais ce qui reste important, c’est que nous n’oublions pas que ce ne sont pas des appels de la société à la politique comme ils essayent de nous le dire, mais qu’ils sont des appels de l’économie à la politique. Les intérêts défendus sont de nature économique, visant à défendre le capitalisme suisse. Cette argumentation chauviniste et capitaliste ne doit absolument pas être soutenue. Nous avons refusé cette initiative, à cause de ses implications ignorantes, arrogantes et xénophobes. Pour ces raisons, nous avons dit non à l’initiative «?Ecopop?», mais pour les bonnes raisons?!

Kevin Wolf
JS Genève

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