L
e dimanche 5 février, Jean-Luc Mélenchon, candidat aux présidentielles françaises 2017 pour la France Insoumise, a tenu une conférence publique à Lyon. Aux 12’000 personnes présentes à Lyon s’ajoutaient les 6’000 participant-e-s à la diffusion d’un hologramme dans la banlieue parisienne ainsi que 40’000 internautes suivant le live sur facebook (selon les organisateurs). Ces chiffres impressionnants font preuve d’un grand intérêt à l’égard d’un candidat qui souhaite « une Révolution citoyenne ». La JS Genève et le courant marxiste l’étincelle étaient présents sur place.

Jean-Luc Mélenchon et son mouvement France insoumise occupent, en cette période de forte polarisation, l’espace vacant à la gauche du PS et rompent ouvertement avec ce dernier et son gouvernement. Ils défendent les victimes du capitalisme (par exemple lors de l’occupation du siège social d’Air France par les travailleurs et travailleuses) et revendiquent des mesures progressistes comme une hausse des salaires ou l’accès gratuit à la santé. Pourtant, son programme n’arrive pas à sortir des limites et des contradictions d’un réformisme de gauche. L’avenir en commun – le nom du programme – s’appuie sur l’Etat bourgeois, un républicanisme bourgeois, l’ONU pour la politique internationale et s’adresse au « peuple », sans s’apercevoir des intérêts fondamentalement opposés entre les classes en leur sein.

Ambiance

Malgré ces défauts évidents, il faut constater que JLM jouit du soutien massif des couches les plus conscientisées des masses opprimées. Cela s’est aussi clairement exprimé lors du meeting à Lyon : la majorité écrasante des participant-e-s était venue pour écouter le discours politique de leur candidat, pour se familiariser avec son programme, bref, pour trouver des réponses aux questions que soulève l’expérience de cinq années de gouvernement « socialiste ». N’ayant plus pu trouver une place à l’intérieur, environ 4’000 personnes résistaient à la pluie afin de pouvoir suivre la conférence sur l’écran géant à l’extérieur. Pendant le discours, les auditeurs-euses écoutaient de manière concentrée. Et déjà une heure avant la fin de l’événement, le stock d’éditions de l’avenir en commun que vendaient les organisateurs était épuisé. Enfin, la modération embarrassante de l’équipe de campagne rappelant plutôt un talent-show musical fût tout heureusement ignorée par le public attentif.

Le discours

A Lyon, JLM a présenté le septième chapitre de son programme dédié aux « frontières de l’humanité ». Il s’agit notamment de la partie la moins développée, la moins politique et ainsi la plus courte du programme. Même si l’on y trouve des idées intéressantes telles que la création d’universités internationales (des métiers de la mer et de l’espace) ou la reconquête de la maîtrise publique sur les technologies, le chapitre se base sur des fondements fragiles, imprégnés d’un patriotisme exagéré. L’objectif, c’est de « porter la France aux avant-postes de l’humanité pour contribuer à l’essor universel », car « les Français excellent dans les domaines d’avenir ». De telles analyses erronées découlent ensuite des revendications fatales telles que la focalisation sur le rejet des multinationales étrangères. Comme s’il était important pour la classe ouvrière dans quel pays se situe le siège social qui dirige son exploitation !

Néanmoins, Jean-Luc Mélenchon développait à Lyon également les parties plus progressistes de son programme: il revendiquait la formation gratuite, promettait de s’engager en faveur des personnes illettrées ou handicapées et défendait l’écologie planifiée (bien que sans mentionner que ceci nécessite inévitablement la planification de l’économie entière).

Enfin, Emmanuel Macron, ainsi que, indirectement, le candidat du PS, Benoît Hamon, ont subi les attaques qu’ils méritent, lorsque Mélenchon les accusait d’avoir « pourri la vie de milliers de personnes par la loi de travail ». L’applaudissement était assourdissant.

Notre délégation

La Jeunesse socialiste genevoise et le courant marxiste l’étincelle sont intervenus au meeting afin de mettre en pratique la solidarité internationale avec les camarades de la section française de la Tendance Marxiste Internationale de Révolution. Nous les soutenions à leur stand dont l’emplacement à côté de la queue à l’extérieur permettait une visibilité maximale. La vente de la totalité de nos journaux témoigne d’une bonne perception de notre intervention. Ce faisant, les discussions se déroulaient majoritairement sur nos critiques concernant L’avenir en commun, ce qui nous permettait des présenter nos idées.

De plus, parmi les spectateurs, les illusions en un « rassemblement à gauche », prôné par le PS désespéré et son candidat (et ancien membre du gouvernement Hollande) Benoît Hamon, étaient infinitésimales. Enfin, nous pouvons conclure que notre intervention en général et nos échanges avec le public majoritairement jeune confirmaient notre position correcte face au mouvement de JLM.

Quelle suite ?

Le 23 avril prochain aura lieu le premier tour des élections présidentielles françaises 2017. L’objectif déclaré de la France Insoumise est de présenter Jean-Luc Mélenchon comme candidat au deuxième tour le 7 mai.

Selon les sondages – qui sont tous d’une certaine manière contestables –, tous les candidats principaux se situent entre 15 et 25%. Le premier tour n’est donc loin d’être gagné.

Evidemment, nous continuerons à soutenir concrètement et de manière critique la candidature de JLM. En tant que marxistes, nous interviendrons activement dans ces meetings de masse, radicalisation de la jeunesse et des ouvrier-ère-s qui s’exprime actuellement dans un mouvement concret. Afin de pouvoir assumer ce rôle à long terme, la France insoumise doit lier ses réformes progressistes à la rupture avec le système dans son ensemble. Car la « Révolution citoyenne » sera socialiste ou elle ne sera pas.

Dersu Heri
JS Genève

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